Science et Religion

Les mathématiques, la poésie et la théologie s’animent, l'une avec la raison, l’autre avec la beauté et encore l’autre avec l’éternité

Rep. : Est-ce que vous pouvez nous dire quelques mots sur votre parcours personnel ? Quelques détails concernant votre éducation jusqu’à aujourd’hui ?

Prêtre Ioan Bute : En bref, je suis diplômé du Lycée d’Informatique de Bucarest (aujourd’hui " Tudor Vianu ") en 1994, de la Faculté de Mathématiques (Université de Bucarest) en 1998 et de la Faculté de Théologie (Université " Valahia ", Targoviste) en 2002. Pendant mon enfance et mon adolescence, j’ai été très passionné par les mathématiques, de sorte que j’ai participé trois fois à l’Olympiade Nationale de Mathématiques et à d’autres concours, par exemple, le concours annuel de la "Gazette des mathématiques", l’étape finale. Donc suivre des cours de mathématiques devint pour moi une évidence. Pendant l’adolescence, je disais même que les mathématiques sont mon premier amour. Mais dans la première année de faculté, suite à un parcours intérieur, s’est glissé en moi le désir de vivre le plus près possible de la plus belle est charmante personne qui ait jamais marché sur cette planète : Jésus Christ, Dieu absolu et homme parfait. Depuis quelques années je suis hiéromoine au monastère Casian, près de Constanta. Je suis entré dans la vie monastique en 2001.

Rep. : Vous avez étudié les mathématiques et puis fait des études de théologie. S’agit-il d’une rupture ou d’une continuité ? Comment se lient les deux ?

Pr. Ioan: Je n’ai jamais pensé que ce serait une " rupture " quand j’ai fait la transition de l’une vers l’autre. Je ne l’ai pas perçue comme une rupture avec le passé, mais plutôt comme un saut. Je venais de découvrir tout simplement quelque chose de mieux! Et je ne regrette pas du tout le fait d’avoir été captivé dans ma jeunesse par les mathématiques. Au contraire ! Je pense que c'était une bénédiction, et j’encourage d'autres jeunes à les aimer! Parce que, comme dit Noica, se fixe en toi leur " leçon". C’est à dire, cet esprit de rigueur, de bonne définition, la capacité de saisir rapidement les articulations logiques et les fissures de la logique d'un certain texte. Donc, les mathématiques sèment des bonnes et utiles compétences pour toute science!
Noica, quand il était étudiant en philosophie, allait entendre spécialement des cours de mathématiques, parce qu’il savait que Platon conseillait les jeunes à apprendre les mathématiques en disant qu’ainsi ils préparent leur esprit et le rendent plus sensible et plus aigu vers les subtilités et les profondeurs de la philosophie. Et la théologie est la plus haute forme de la philosophie. C'est la philosophie d’après Dieu. Après tout, les mathématiques et la théologie sont deux façons différentes de penser l’absolu.

Rep. : Pensez-vous que les mathématiques peuvent aider sur le plan personnel jusqu’à battre "aux portes de la transcendance"? En d'autres termes, conduisent-elles en quelque sorte à Dieu?

Pr. Ioan: Je me souviens qu’à 20 ans, j'ai lu un extrait de Dostoïevski (apparemment c'était dans "Les Frères Karamazov") dans lequel il dit que beaucoup de jeunes qui ont un enthousiasme sincère de se consacrer entièrement et même de donner leur vie pour un idéal noble, sont prêts à l’héroïsme pour changer le monde, mais peu sont prêts à dédier quelques années de leur vie pour se consacrer pleinement à l’étude et à la science ou à la formation spirituelle, dans l'humilité et sans l’aperçu d'une lueur immédiate. Et, en fait, c’est comme ça qu’ils apparaissent les fruits qui perdurent!
Un bon étudiant (qui veut vraiment être consciencieux) doit faire plusieurs dérogations de ses grands et petits plaisirs ou du repos, s'il veut avoir le temps et la lucidité nécessaires à l'étude. Donc, il apprend en quelque sorte "à couper sa volonté", à patienter! C’est la même chose pour un étudiant en mathématiques! En outre, les mathématiques te forment à ne pas tirer des conclusions hâtives lors d’une délibération, d’un raisonnement, et à faire attention aux erreurs de logique que tu pourrais commettre. Il y a donc des vertus qui soufflent vers celui qui pratique les mathématiques avec passion! Saint Maxime le Confesseur (sur lequel j’ai réalisé mon mémoire de licence et de master) met l'accent sur ​​la raison et la rationalité. Bien sûr, il ne comprend pas la raison au sens mathématique! Mais le bon et logique usage de la raison conduit à affiner et aiguiser de cette faculté spirituelle, qui est le chef de file de l'homme. En outre, saint Maxime définit la raison comme "la liaison d'union de celles qui sont désunies". Et il ne se réfère pas seulement à la raison en tant que faculté de l'intellect, mais à la raison divine (le logos, le Verbe) de chaque créature. Ainsi, selon la définition, l'homme ne s’uni avec Dieu et Ses pensées incarnées dans le monde que par la foi, mais par la foi et la raison. Chaque raison divine des créatures vient du Logos divin, est son reflet. Le Logos divin se reflète dans la raison ou dans le logos intérieur de l’homme, qui est créé à Son image. Donc, être logique c’est d'être conforme à la raison de la nature humaine et conforme à l'harmonie de la structure logique de l'univers, qui est l’ordre assis dans Logos Divin. Être donc logique c’est d’actualiser l'une des vocations essentielles du logos humain, en faisant ainsi un premier pas vers l’imitation du Logos Tout-Puissant. Mais Saint Maxime fait la différence, comme d'autres Pères, entre l'esprit et la raison. L'esprit est celui qui "voit", est la partie contemplative et décisionnelle, est «l'œil de l'âme». Cet œil ne peut pas voir s’il n’est pas propre, s’il n'a pas de lumière.
"Dieu est cru uniquement sur la base des raisons des créatures", dit saint Maxime.
Donc seules les mathématiques ne suffisent pas pour atteindre la foi ou la connaissance de Dieu. Les mathématiques servent d’ossature pour les sciences portant sur le monde matériel. Mais pour celles qui se trouvent au-dessus il faut trouver un autre outil, un autre périscope.
En conclusion, pour répondre brièvement à la question, pour atteindre Dieu, les mathématiques ne suffisent pas. Elles ne sont pas nécessaires, mais peuvent être utiles. Elles sont utiles comme acte, comme exercice, comme travail d’entraînement de l'esprit. (Au moins parce que, en se fatiguant avec une passion scientifique, le jeune ne perd pas le temps avec la paresse et il n’est pas pris facilement par le nuage de pensées qui le conduisent de la torpeur à la sensualité!)

Rep. : Comment êtes-vous arrivé à vous préoccuper de l'investigation sur l’absence de fondement scientifique de la vision évolutionniste? Certains verraient une sorte de blocage idéologique dérivé de l’univers de l'Eglise. Le fait que d'une certaine manière la vision théologique ne peut pas s’adapter aux découvertes de notre temps.

Pr. Ioan: En fait, maintenant vous n’avez pas posé une seule question, mais deux ou même trois! Prenons-les tour à tour.
D'abord, au tout début je n'étais pas critique et même pas méfiant à l’égard de la théorie darwinienne. Etant éduqué à avoir une grande confiance dans ce qu'on nous dit à l'école, je ne pensais pas douter de l'évolution. Au lycée, j’étais même amoureux de la littérature SF (qui est clairement l'évolutionniste!). Même au début de la Faculté de théologie je n’avais aucun doute sur Darwin. Je pensais, comme tout le monde, qu’un résultat scientifique officiel est quelque chose de prouvé avec une certitude absolue, comme le théorème de Pythagore ou la loi de Newton. Pour dire la vérité, j'ai été vraiment enchanté, comme devant une grande révélation, quand j'ai appris par l'un de mes professeurs de théologie (un professeur renommé!), que l'évolution et la création de l’homme peuvent être facilement rapprochées par une formule très intelligente : "l’église devient église uniquement après le moment où elle a été sanctifiée." Cependant, je n’étais pas troublé par rapport à la théorie de l'évolution. Tout simplement j’avais d'autres préoccupations, et je me souciais peu si Dieu a créé le monde à travers l'évolution ou si les jours de la création sont des ères ou même des jours. Je gardais pour ces choses une pensée en stand by, comme un point d'interrogation secret caché dans mon cœur, laissant la question en suspens pour le moment. Donc, la question des origines n'était pas, et n'est pas une préoccupation centrale dans ma vie.
Le changement de pensée est né des discussions fréquentes avec un Père professeur, Petru Comsa, qui fût chercheur en chimie, et puis devint un théologien, prêtre et docteur en théologie. Il m'a parlé pour la première fois de l’hypothèse non prouvée de l'uniformité des lois de la nature, mais aussi de Père Seraphim Rose et du manque de certitude des soi-disant preuves du darwinisme. Mais même à ce moment-là, je ne me suis pas mis à approfondir le problème.
L'envie d'enquêter sur les preuves du darwinisme est apparue quand j'étais déjà prêtre, suite aux conversations avec des jeunes, lycéens et étudiants. J'ai été un peu surpris de voir que des étudiants en médecine, quatrième année, ne savent même pas qu'il existe des arguments purement scientifiques qui combattent l’évolutionnisme, et que ces arguments sont confirmés par des scientifiques de réputation internationale, certains même des évolutionnistes ou des lauréats du prix Nobel.
Et un garçon qui vient souvent à notre monastère m'a raconté comment leur enseignant est venu en cour (en troisième), en leur disant: "Les enfants, aujourd'hui nous allons passer à une nouvelle leçon: l'évolution. Ne pensez pas que là-haut il y a un vieil homme qui a fait le monde en six jours, comme vous l’apprenez en cours de religion, mais tout est apparu par des processus naturels, par évolution, dans des dizaines de milliards d'années, etc, etc." Dans un premier temps les enfants étaient abattus, déprimés. Qu’est-ce que ça veut dire: Dieu n'existe pas? Puis ils se sont habitués.
Je sais qu'il y a des jeunes qui justifient leur athéisme sur la base des documentaires "scientifiques" vus à la télé qui endoctrinent avec l'évolutionnisme. C’est à ce moment-là que j'ai voulu approfondir la question de l'évolution. Au départ je voulais juste écrire un livret de popularisation, avec une dizaine d'arguments contre l'évolution. Puis je me suis rendu compte de l'immensité de la matière, et de la subtilité du thème, et finalement deux livres sont sortis, l'un de 270 pages, l'autre de 80. Il aurait été un signe de superficialité de ma part si je m’étais contenté d’y verser quelques arguments génériques, sans plus! Je devais montrer à la fois l’histoire et l’évolution dans le temps de cette théorie, mais surtout montrer les prémisses logiques, les fondements et les principes autour desquels se construit toute la théorie de l'évolution! Cette théorie a conquis de vastes zones de la science et de l'esprit collectif. Et elle a protégé à l’aide de l’autorité de la science certains totalitarismes comme le colonialisme, le nazisme et le communisme.
Deuxièmement, pour répondre à une éventuelle accusation de "blocage idéologique" ou refuge dans les dogmes de "celui qui ne peut pas s’adapter aux découvertes de l’époque", je vous dis qu'une telle accusation pourrait être portée que par quelqu’un qui connait la recherche scientifique sur les origines d’une façon unilatérale, et dans une seule grille de lecture, c'est-à-dire l'idéologie officielle du darwinisme. Si vous demandez aux gens dans la rue, au hasard, si l'évolutionnisme a des preuves, la quasi-totalité va dire: "Oui, bien sûr, il les a!" Mais très peu d’entre eux sauront désigner et nommer ces preuves. Mais combien savent quelles sont les prémisses et les principes qui ont construit la théorie de l'évolution depuis le début? Bien qu'elle soit présente partout à l'école et dans les médias! Il serait normal de connaître les "ingrédients" qui composent la théorie de l'évolution, c'est à dire les prémisses et les principes de sa logique, de la même façon qu’on veut connaitre les ingrédients de la nourriture achetée et emballée dans les supermarchés. Est-elle la seule interprétation possible des données sur les origines? Le ton de la certitude absolue des manuels et des documentaires est-il reflété ainsi par les données recueillies dans la réalité? Si on a trouvé des morceaux d'os, d’où avez-vous la certitude absolue qu'ils appartiennent à une forme de transition?
Et je vous pose une question qui ferait réfléchir même celui qui ne connait rien de la problématique scientifique des origines: si un chrétien peut être accusé, soi-disant, de fondamentalisme ou de fanatisme s’il doute sur le darwinisme, alors pourquoi ne pas soumettre aux mêmes accusations les scientifiques, les chercheurs et les lauréats du prix Nobel, qui apportent des arguments purement scientifiques contre l’évolutionnisme ? Si la science est fondée uniquement sur ​​la raison, et si par conséquent, l'évolution est un fait prouvé d’une façon aussi rationnelle et claire comme le théorème de Pythagore ou prouvé expérimentalement comme la loi de Newton, alors comment est-il possible qu'il y a actuellement des milliers et des milliers de scientifiques qui la contestent? Comment se fait-il que certains scientifiques qui ont été éduqués dans l'évolutionnisme, et qui ont été des adeptes de l'évolutionnisme, sont parvenus à la suite d'une recherche personnelle, à nier l'évolution, voire à nier la certitude avec laquelle on en parle? Si même un astrophysicien de l’importance de Sir Fred Hoyle à Oxford est parvenu à dire que l'émergence de la vie à partir du non vivant est une impossibilité mathématique sur Terre et que pour l'émergence de la vie il fallait absolument "un dépôt initial d’information et des instructions explicites pour l’assembler"? Cependant, il n’a pas été forcé de croire dans un Créateur, alternative qui lui faisait peur dès le début, mais il a embrassé l'idée de l'origine extraterrestre de la vie, comme Francis Crick, le découvreur de l'ADN.
Si l'évolutionnisme est un fait prouvé d’un point de vue rationnel, donc clairement et avec des preuves tangibles, cela signifierait que des milliers de scientifiques qui remettent en question ses certitudes ont perdu l'usage de la raison? Car, comme le matérialisme le dit, rationnel est que l'homme dont la raison raisonne que la rationalité de l'univers et la raison humaine proviennent de processus aveugles et irrationnels!
Si le ton triomphaliste, sûr de lui, dogmatique et plein de certitude est parfaitement légitime lorsque l'on parle officiellement de ​​l'évolution, alors comment se fait-il qu’un si important scientifique évolutionniste comme Sir Arthur Keith ait déclaré: „Evolution is unproved and unprovable!” ("L'évolution est non prouvée et non prouvable")? Comment se fait-il que l'évolutionnisme ne résout pas des contre-arguments comme: la probabilité quasi nulle que la vie ait surgi par hasard, le fait qu'aucune expérience n’ait prouvé que la matière produit de soi-même de l'information organisée et complexe, le fait qu’on ne sait pas comment la vie a émergé, qu’on ne sait pas comment il pourrait apparaître de l’information codée dans le patrimoine génétique, ou le mécanisme d’auto-guérison de l'ADN, ou aussi le manque de formes de transition, le fait qu'on n'a jamais remarqué concrètement l’évolution d'une espèce à l'autre, ni même la formation d'un nouvel organe? Comment s’explique-t-elle la grande complexité intégrée des organes sensoriels comme l'œil, l'oreille ou le cerveau, chacun dépassant toute possibilité de la technologie humaine ou de la nanotechnologie? Comment peut apparaître autant d'intelligence et d'ingéniosité dans chaque être vivant sans un plan initial et intelligent? Comment est-ce que, avec le passage du temps, apparaissent des nouveaux arguments scientifiques qui infirment les prévisions du modèle évolutionniste? Dans quelle autre théorie scientifique existent autant de preuves contre elle et pourtant elle reste encore debout, en tant que science?
Toutefois, dans le livre, je n'ai pas demandé la suppression de l'enseignement de l'évolution, mais j’ai soutenu la suppression du ton de certitude absolue de la présentation de l'évolution! Parce que le ton n’a aucune liaison avec la réalité! Donc il n'est pas scientifique! Laissez les gens croire ce qu'ils veulent, - on nous dit! Mais la façon dont l’évolution est enseignée aujourd'hui, ne donne pas cette liberté de choix, mais donne la fausse impression que le matérialisme est un fait! Ce qui est faux! Il n’y a même pas besoin de parler si d’un point de vue scientifique l'évolution est vraie ou fausse! Il suffit qu'elle n’ait aucune preuve scientifique pour être disqualifié en tant que science!
Une théorie devient science si elle prouve ce qu'elle affirme, et si elle le prouve logiquement et expérimentalement. Les scientifiques n'ont jamais obtenu expérimentalement une forme de vie à partir de la matière inanimée, ou obtenu la formation d'une nouvelle espèce avec des nouveaux organes, d'une espèce inférieure! Et la vraie science doit fournir des preuves expérimentales! Donc, l'évolutionnisme n’a aucune preuve! Mais il existe des preuves que l'évolution n'est pas prouvable. Plus d'informations peuvent être trouvées dans le livre.

Rep. : Existerait-il un lien entre les mathématiques, la poésie et la théologie? Comment voyez-vous ce rapport? Je vous demande comme à celui qui a goûté à tous les trois, et vos préoccupations qu’on découvre le confessent.

Pr. Ioan: Je me souviens d'une phrase du poète français Mallarmé: "je suis spécialiste que dans ce qui est en contact avec l'Absolu". À leur façon, chacune des trois, les mathématiques, la poésie et la théologie, a ou cherche à avoir contact avec l'Absolu. Chacune est dans son propre royaume, un moyen laborieux pour trouver la perfection, la plénitude, l’originaire et l’essentiel, même si chacune s’anime avec une chanson différente: les unes avec la raison, l’autre avec la beauté, et l'autre avec l'éternité.
Steinhardt disait que de tous les genres d'art, la poésie est la plus proche, comme souffle, de la prière. Mais les poèmes se tissent avant tout de la beauté des pensées de Dieu, c'est-à-dire ils ont comme matière première la beauté brute du monde, qui reflète la beauté de Dieu. Et un physicien renommé, Alexander Polyakov, a déclaré: "Nous savons que la nature est décrite par les meilleures mathématiques parce que Dieu l'a créée."
Le Vrai, le Beau, le Bien sont les trois fées marraines de ce monde, mais même s’ils se montrent différents, leurs chansons se rencontrent et deviennent un unique hymne dans le cœur de celui qui dresse son oreille vers elles. Ils sont comme les trois arbres d'Eden, qui, bien qu’ils aient des tiges différentes, leurs couronnes mûres se joignent dans un point haut de fragilité, d’agilité et de souffle lent. Celui-ci est le toit de l'Esprit Saint pour celui qui vit les trois en ayant la même source unique: Le même Dieu merveilleux.

Rep. : Un mot de clôture sur la relation entre la théologie et la science? Qu’est-ce qui vous paraisse important de comprendre et de savoir pour ceux qui sont prêts à avoir ce type de préoccupations?

Pr. Ioan: Aujourd'hui, on parle beaucoup du dialogue entre la science et la théologie. Et il est bien qu'on fait connaitre un tel dialogue. Il est bon de savoir que les deux sont compatibles avec la raison humaine et la rationalité de l'univers. Tous les deux viennent du même Logos divin. Il y a des scientifiques qui ont prouvé que toute science se construit sur ​​au moins une croyance, ou un axiome non prouvé, et il y a des théologiens qui disent que la théologie est une science. Mais il faut noter que, comme ils ont existé et ils existent toujours des hérésies qui s'écartent de la vérité, de la même manière ils ont existé (et s’ils ont existé pourquoi n’existeraient pas encore?) des fausses croyances infiltrées dans la science. Mais le Livre de la Nature et le Livre Saint ne sont pas du tout en désaccord, puisqu'ils ont le Même Auteur. Même si la pratique humaine a eu un impact sur leur mode de présentation et d'expression.
Je pense qu'il vaut mieux être réaliste: le dialogue ne se fait pas comme ça ..., abstraitement, "entre science et théologie", mais entre un scientifique et un théologien, autrement dit entre un homme et un autre homme. Je pense qu'il peut y avoir vraiment un dialogue sincère et constructeur entre les hommes, uniquement dans la mesure où tout le monde le veut, et dans la mesure où chacun s’est ouvert au dialogue avec la Parole de Dieu, face à Laquelle tout homme est, depuis sa naissance, dans une relation caractéristique, ontologique, plus ou moins consciente. Tout comme nous ne pouvons pas voir l'autre dans l'obscurité, mais uniquement dans la lumière. On peut voir la beauté de l'autre seulement dans la lumière. Et la lumière vient de l’intérieur si nous ouvrons les volets. Pour amener le monde au dialogue d'amour avec Dieu, s’est incarné le Verbe qui "illumine et sanctifie tout homme venant dans le monde"!
Pour qu’un dialogue soit fructueux il faut que chacun connaisse l’autre. Pour qu’il puisse exister un dialogue réel et fructueux entre la science et la théologie, il faut que chacun connaisse correctement et profondément la façon de penser, les prémisses et le paradigme de celui avec lequel il communique. Le théologien doit connaître les prémisses et les principes d'interprétation de la science du moment et le scientifique doit connaître la théologie de l’autre. Et tous les deux doivent connaitre à la fois l'histoire de l’apparition de la science et du christianisme. (C’est la seule façon d’éliminer la confusion entre les termes ou les erreurs de logique. Une erreur de logique serait, par exemple, la généralisation injustifiée: on ne peut pas attribuer à la science en général les erreurs de certains médecins nazis ou le zèle de certains scientifiques à inventer rapidement la bombe atomique, tout comme il est illogique d'attribuer au christianisme en général, ou à l'Église orthodoxe, des erreurs comme les croisades ou l'Inquisition ou les persécutions sanglantes qui ont eu lieu dans le monde occidental.)
Cette compréhension mutuelle est indispensable afin de bien poser les fondations d'un véritable dialogue entre la science et la théologie.