Science et Religion

Saint Luc de Crimée

Un saint hiérarque et un savant en médecine

Apologète de la foi orthodoxe pendant une période tellement turbulente et accablante pour l’Eglise que celle de la dictature du prolétariat, dominée par l’idéologie athée des bolchéviques, la figure du saint hiérarque Luca (1877-1961) impressionne par le modèle illuminé en Christ qu’il incarne tout d’abord pour « les médecins qui, dans un sacrifice de soi sacerdotal, se mettent au service de l’homme souffrant et pour les prêtres qui soignent avec un dévouement de médecin l’âme et le corps de l’homme malade, mais ressuscité (Archimandrite Nectarie Antonopoulos, Saint Archevêque Luca 1877-1961 – Le chirurgien sans argent, Maison d’Edition « Biserica Ortodoxă & Egumenița », Galati, p.1), mais aussi bien pour toute personne dans une recherche honnête de Dieu. L’incarnation de la performance scientifique au plus haut niveau d’une manière synergique avec l’effort spirituel de celui investit par le Très-Haut avec l’autorité ecclésiastique, l’engagement sur la voie de l’accomplissement tant scientifique que théologique, tous ces aspects font de l’archevêque Luca une figure emblématique dans l’histoire de l’Eglise.

Il s’agit d’un témoin à une époque pendant laquelle, comme lui-même est conscient, « devenir archevêque signifiait te transformer dans un gibier » (ibidem, p. 100), en d’autres termes, dans un martyre. L’habit de prêtre comme témoignage de l’engagement ecclésiastique, partout où le métier de chirurgien l’emmènera, est lui-aussi un martyre. Nous nous imaginons la déroute des athées qui l’entouraient à cette époque quand la société se dirigeait vers l’apostasie : « l’événement de l’ordination d’un médecin est tombé comme un coup de foudre sur la ville Tașkent […] leur entendement ne pouvait pas accepter qu’un chercheur de valeur veuille devenir prêtre […] nombreux collègues ont réagi avec mépris et haine […] il marchait dans la rue et il entendait des phrases vexatoires, ironiques, critiques […] il y avait aussi les prêtres qui avaient peur, qui avaient retiré leur habit de prêtre et avaient renoncé au sacerdoce. Il est resté le directeur de l’Hôpital Général de Tașkent, il opérait tous les jours, il enseignait à l’Ecole de Médicine toujours habillé en prêtre et montrant la croix » (ibidem, pp. 78-79).

Le ministère socratique envers le malade devient dans sa vie un continuel témoignage évangélique de la présence guérisseuse de Christ. Il étonnait ses contemporains par le fait que « cet homme, le médecin-idéaliste qui croyait en surnaturel et en Dieu, dans sa science était meilleur que quiconque » (ibidem, p. 59). Il témoignera Christ à tout prix, même celui d’une accusation de crime politique. Il refusera énergiquement la demande des autorités de sortir l’icône de la Mère de Dieu de la salle d’opération. Devant la tirade qui voulait tout uniformiser : « La salle d’opération est un service public. Nous avons séparé l’état de l’Eglise. Si notre chirurgien veut prier, c’est son affaire, mais qu’il garde l’icône à la maison », il préférera ne plus se rendre à l’hôpital, chaque fois le parti devant céder (ibidem, p. 67).
Par un dialogue honnête avec les détracteurs, il apportait le témoignage chrétien dans des milieux au moins indifférente à la foi, sinon carrément hostiles. Il y a eu aussi des disputes publiques, dont l’enjeu pouvait être quantifié en vies humaines. « Comment es-possible que vous croyez en Dieu, père chirurgien Voino-Iasenețki ? Est-ce que vous avez jamais vu votre Dieu ? » il est interrogé pendant un procès public où la vie de nombreux gens innocents était en jeu, dans la défense desquels il intervient avec courage : « Dieu, en vérité, je ne L’ai jamais vu, monsieur le procureur. Mais j’ai pratiqué des opérations sur le cerveau et je n’ai pas vu l’esprit à l’intérieur. Ni la conscience, je ne l’ai pas vu ! » (ibidem, p. 86). De la même manière, en 1947, il affirme au beau milieu d’un congrès, par rapport à Celui en qu’il croit, même s’il ne L’a jamais vu, que nous croyons que l’amour et l’esprit existent même s’ils ne sont pas visibles (ibidem, p. 331). Lors d’un autre congrès, cette fois-ci à Yalta, il apporte son témoignage apologétique : «Souvent, chers collègues, vous entendez ces paroles : mon cœur est plein d’amour ou de haine. Mais quand vous ouvrez le cœur, vous ne trouvez aucun des deux, seulement des muscles et du sang. Ou vous ouvrez le crâne et vous ne voyez à l’intérieur ni esprit, ni stupidité. De la même façon, je n’ai pas vu Dieu, mais je crois en Lui » (ibidem, pp. 331-332).

Sa vie de témoignage chrétien conduira son ami, le célèbre savant Ivan Pavlov, lui confesser dans une lettre : «je participe moi aussi, de tout cœur, à votre martyre» (ibidem, p. 153). Le martyre renforcé par la grâce et la bienveillance de Dieu, Qui lui a fait comprendre que ses Essais « sont agréables à Dieu », ainsi qu’il lui sera découvert par le Très-Haut, « parce que de cette façon je témoignais Son nom pendant une période d’élan de la propagande antireligieuse » (ibidem, p. 213).

Une telle vie de saint sera couronnée par l’absence de putréfaction de son corps. Sa passion pour le Christ deviendra un exemple pour le salut d’autres, ce qui nous situe sur le terrain spirituel d’une apologétique expérimentée comme mode de vie, qui apporte ses fruits dans la conversion au Christ de tous ceux qui reçoivent son témoignage (même Popovski, le journaliste qui étudiera sa vie avec le souhait d’établir sa biographie, se convertira au christianisme).

(Source complementaire: http://orthodoxologie.blogspot.fr/2010/07/saint-luc-le-chirurgien-archeveque-de.html 

qui est une version française d'après http://www.johnsanidopoulos.com/2010/03/st-luke-of-crimea-science-and-religion.html par Claude Lopez-Ginisty)