Science et Religion

Archimandrite Sophrony, Starets Silouane, Moine du Mont-Athos, Vie-Doctrine-Ecrits

Archimandrite Sophrony, Starets Silouane, Moine du Mont-Athos, Vie-Doctrine-Ecrits, éd. Présence, 1973 (d'où provenient nos citations suivantes). 

Réédition chez Cerf en février 2010 :

Un ouvrage essentiel pour comprendre la relation entre les démarches théologique et scientifique à la lumière de la spiritualité orthodoxe. La meilleure presentation du livre qu'on puisse fournir est de reproduire quelques réflexions de l'archimandrite Sophrony:

Nous avons noté chez le Starets la très ferme conviction que la vie spirituelle, c’est à dire une vie menée dans la prière et l’ascèse, et animée par une foi profonde, était supérieure à toute autre forme de vie. Aussi, celui qui en avait été gratifié, devait-il, comme pour une perle précieuse, lui sacrifier tout le reste, même les études. (p.68)

Il estimait que si un homme spirituel abandonnait la vie ascétique pour se consacrer à la science, il manifesterait de plus grandes capacités pour la science qu’un homme moins doué sur le plan spirituel. En d’autres termes, un homme doué sur le plan mystique et vivant d’une manière spirituelle, vit sur un plan plus élevé et d’une plus grande valeur que l’homme qui consacre sa vie à la science, à la sphère de la pensée rationnelle. Ayant une forme d’existence plus élevée, s’il lui arrive de descendre sur un plan inférieur, il manifestera également sur ce plan de plus grandes capacités que l’homme non spirituel, peut-être pas dans l’immédiat , toutefois. Il disait que les «  enfants de ce siècle sont plus intelligents que les enfants de lumière » (Lc 16, 8), non parce qu’ils seraient plus intelligents à proprement parler, mais parce que l’homme spirituel est occupé par Dieu et ne se préoccupe pas beaucoup des affaires de ce monde » (p.68)

« A ton avis, Père Th, pour quoi les Allemands savent-ils mieux que les Russes construire des machines et d’autres choses? En guise de réponse, le Père Th, recommença à exalter les Allemands comme un peuple plus intelligent et plus doué, alors que « nous, les Russes, nous ne valons rien ». Le starets Silouane répondit : Quant à moi, je crois que la cause n’en est pas l’incapacité des Russes, mais qu’elle est toute autre. C’est, à mon avis, parce que les Russes accordent à Dieu leur première pensée et leur première force, et ne se préoccupent pas beaucoup de ce qui est terrestre; mais si le peuple russe se tournait comme les autres peuples, tout entier vers la terre et ne s’occupait plus que de cela, il les dépasserait rapidement, parce que cela est moins difficile » (p.69).

Tout en étant véritablement humble et doux, el Starets affirmait avec une assurance inébranlable et une certitude intérieure, que l’homme ne peut pas comprendre le divin « par sa propre intelligence », mais qu’il n’est connu que « par le Saint-Esprit ». C’est pourquoi l’Ecriture sainte, « écrite par le Saint-Esprit » ne peut être réellement comprise au moyen d’études scientifiques; celles-ci n’en saisiront que des détails et certains aspects tout extérieurs, mais en aucune facon l’essence (p. 87).

La sainte Écriture est la parole que «  des hommes mûs par le Saint-Esprit ont prononcé de la part de Dieu » (II Pierre 1, 21). Mais les paroles de saints ne sont cependant pas quelque chose d’entièrement indépendant du niveau intellectuel et de l’état spirituel de ceux auxquels elles étaient adressées. C’était des paroles vivantes adressées à des êtres vivants, concrets, et c’est pourquoi une exégèse purement scientifique (historique, archeologique, philologique, etc) de l’Ecriture sera immanquablement entachée d’erreurs (p.88).

Des deux modes de connaissance du monde

Ces paroles presque naïves recèlent une allusion à deux différents modes de connaissance de l’être. La voie habituelle et connue de tous pour parvenir à la connaissance, consiste à orienter la faculté cognitive de l’esprit humain vers le monde extérieur. Là, elle rencontre une inombrable diversité de phénomènes, d’aspects, de formes et un morcellement à l’infini de tout ce qui existe. Aussi cette connaissance n’est-elle jamais intégrale et ne peut-elle jamais atteindre une véritable unité. Avec ce mode de connaissance, l’intelligence, recherchant à tout prix l’unité, recourt à une synthèse qui sera toujours et inévitablement artificielle. L’unité à laquelle l’intelligence parvient sur cette voie n’est pas quelque chose de réel ni d’objectif, mais n’est qu’une entité intellectuelle propre au raisonnement abstrait.

L’autre voie menant à la connaissance de l’être consiste à diriger l’esprit humain à l’intérieur de soi-même et ensuite vers Dieu. Ici, c’est l’inverse de ce qui se passe dans le premier mode de connaissance : l’intellect se retire de l’indéfinie multiplicité et fragmentation des phénomènes du monde extérieur et se tourne de toutes ses forces vers Dieu; demeurant en prière, il s’intègre à l’acte créateur de Dieu et alors se voit lui-même ainsi que tout l’univers.

Pour l’homme en état de chute, il est naturel de recourir a premier mode de connaissance; le second est la voie du Fils de l’homme.

« Le Fils ne peut rien faire de lui-même, mais seulement ce qu’il voit faire au Père…Car le Père aime le Fils et lui montre tout ce qu’il fait…Comme le Père, en effet, a la vie en lui-même, ainsi a-t-il donné pareillement au Fils d’avoir la vie en lui » (Jn 5, 19-20, 26).

Comme sont naïfs ceux qui espèrent atteindre à une connaissance parfaite et intégrale par les voies de la science expérimentale! (p.99).